Mercantour et migrations

Comme tout territoire en frontière, le Mercantour a, de tous temps été le théâtre de migrations. Au fil des siècles, la nécessité a poussé des cohortes de personnes à franchir les cols alpins de part et d’autre des frontières aléatoires et plusieurs fois remises en question .
L’homme s’est toujours déplacé. Marcher a été son premier moyen de locomotion et les randonneurs savent bien qu’en une journée, on fait des kilomètres. Les colporteurs, les marchands empruntaient les voies de communication et les frontières étaient pour eux fictives. On ne lisait pas une carte IGN à l’époque et généralement les dialectes se ressemblaient d’un côté et de l’autre des versants alpins. Bien avant l’époque romaine, puis ensuite au Moyen-Aga, l’homme a été titillé par la curiosité de savoir ce qui se passait ailleurs. C’est une particularité qu’il partage avec les ânes d’ailleurs. Preuve en est, chaque fois que vous mettez un troupeau dans un pré, les ânes commencent à en faire le tour, cherchent la faille et …partent en goguette car comme le dit le proverbe, l’herbe est toujours plus verte ailleurs et plus grasse dans le pré du voisin. Incorrigibles que nous sommes, ânes ou humains à vouloir croire qu’il faut toujours chercher le bonheur ailleurs et à ne pas nous satisfaire de notre pré.
Et c’est parce qu’on se persuade que cette petite herbe est plus verte ailleurs que les hommes se déplacent pour vérifier cet adage.
Mais hélas, parfois la faim les pousse, parfois l’envie du voyage, parfois aussi la quête mystique ou juste la curiosité du voyage.
Avec le changement climatique, l’herbe va jaunir et le proverbe court bien le risque de devenir «  l’herbe est peut-être moins jaune ailleurs ».

Les Alpes du sud, terre de passage

C’est ce qui pousse déjà des centaines de personnes à venir se réfugier dans les pays tempérés quand ce n’est pas la guerre. Les migrations climatiques, économiques ou politiques amènent à nos frontières des familles désespérées , des jeunes personnes mineures envoyées par le village ou par leur clan pour tenter leur chance en Europe, perdu pour perdu, mais les risques sont plus grands que prévu! Contraints de se déplacer pour trouver un travail, chercher fortune, échapper à un destin terrible…quand on regarde l’Histoire, nous sommes issus de ce brassage.
Les Alpes du Mercantour sont une passoire, chaque col a son sentier généralement bien entretenu, preuve géographique des mouvements de population.
Pendant des siècles, les montagnards quittaient leurs villages pour se louer et améliorer leurs conditions de vie. La mobilité humaine a toujours été une caractéristique des Alpins du sud. Les conditions climatiques assez favorables du Mercantour permettaient des déplacements saisonniers ou parfois permanents vers d’autres continents comme à Barcelonnette.
Il y a un excellent article sur la migration «  partir, une nécessité historique et actuelle ». Vous saurez beaucoup d’anecdotes en le lisant sur les transhumances de bergers, ces nomades des montagnes sur les pèlerinages, sur les métiers itinérants, sur les migrations saisonnières du 19 eme siècle où vitrier, menuisiers, rempailleurs, tonneliers, chiffonniers descendaient à la ville. Les routes empruntées par les migrants saisonniers étaient légales par le col de Tende ou clandestines. On ne contient pas des gens poussés par la nécessité de subvenir aux besoins élémentaires.

les Alpes du Mercantour et les migrants de nos jours

Mercantour

La fraternité et la solidarité ont toujours été des valeurs revendiquées par les montagnards sans doute car les conditions climatiques rudes rendaient l’entraide obligatoire. Dans la vallée de la Roya, les habitants se sont retrouvés face à un afflux de gens affamés errant dans les montagnes. Que faire? Ils ne sont pas si nombreux, ce n’est pas l’invasion quoi qu’en disent certains médias. Ils sont sans équipement face aux conditions météo rudes à l’entrée de hiver. De nombreux habitants ont fait preuve d’hospitalité.

Pendant la 2 eme guerre mondiale, le village de Saint-Martin-Vésubie accueillit 300 familles juives d’Europe centrale.
Après la capitulation italienne, le 8 septembre, 1943, environ un millier de personnes prirent la fuite dès le lendemain en Italie, passant mal équipés par des sentiers escarpés et une météo aléatoire par le col de Fenestre (2 474 m)

En 2017, une centaine de marcheurs, Juifs et non Juifs, ainsi qu’un groupe de migrants africains protégés à Entracque en Italie par l’association du parc régional italien Alpi Maritime, étaient là.
Cette année, pour la première fois, le président de la région italienne du Piémont, Sergio Chiamparino, accompagnait les marcheurs du versant italien. Trois demandeurs d’asile africains, sont montés avec eux, ainsi que le président du parc italien Alpi Maritime, Paolo Salotto.
« Aujourd’hui, en ce moment historique, ils sont l’incarnation des réfugiés de 1943 qui devaient fuir sans savoir ce qu’ils trouveraient », a-t-il justifié.
« Je le dis à nos amis français, évitons de faire l’Europe des murs et des divisions », lui a fait écho Chiamparino, lors d’un bref discours évoquant l’histoire des Juifs, des partisans italiens et les migrants. « Malheureusement, il y a une politique et une logique qui prévaut en France qui tend vers la fermeture. C’est notre devoir de signaler qu’il y a toujours des peuples qui sont en marche », a-t-il ajouté auprès de l’AFP.

Et Gédéon, notre âne savant, qu’est ce qu’il en pense?

Les ânes ne sont pas des migrants, ils sont casaniers, grégaires. Certains ne veulent pas se laisser envahir par des ânes du Sahel qui ont un brin d’herbe tous les kilomètres alors qu’ici on a le choix ,c’est l’abondance, on est gras comme des cochons. Hier, dans la douceur de la nuit, dans l’étable confortable, j’ai entendu ce genre de propos dans le troupeau, je ne dénoncerai pas qui l’a dit, je ne veux même pas le savoir, d’ailleurs.