Gédéon : profession âne de randonnée

Je m’appelle Gédéon et je suis un âne de l’équipe d’Itinérance depuis plus de 20 ans. Ma profession : âne de randonnée. Je me suis décidé à écrire mes mémoires car j’ai vu beaucoup de choses, côtoyé beaucoup de familles et j’estime maintenant pouvoir dresser un inventaire intéressant sur mes expériences avec vous !

J’ouvre là une parenthèse : Il est tout de même drôle que tous ces gens fassent autant de kilomètres pour venir nous voir, et profiter de notre présence lors des randonnées dans les belles montagnes du Mercantour. Mais disons le , c’est un plaisir toujours renouvelé !

troupeau d’ânes d’Itinerance dans le Mercantour

Imaginez l’aubaine pour nous au lieu de rester dans nos parcs, nous sommes conviés à être câlinés, brossés, on chasse même les taons à coup de cartes IGN qui reviennent sanguinolentes au grand dam d’Anita qui n’ose pas les redonner aux suivants. Il y a bien sûr quelques inconvénients à ces vacances : on doit porter quelques kilos mais notre équipe se soucie beaucoup que l’on ne porte pas de grosses charges, pas plus de 40 kg, bât compris. Il y a même un peson et Guillaume fronce le sourcil quand il arrive avec le peson pour voir si les sacs n’excèdent pas le poids convenu. Bientôt, on fera comme à l’aéroport, au kilo supplémentaire, extra-price, mon ami! N’oubliez-pas, avant de venir, de regarder la video qu’Anita qui explique parfaitement ce qui vous attend et entrainez-vous avant de partir.

Également aller sur ce lien pour bien comprendre qui nous sommes, nous , les ânes de randonnées !

Le rythme de l’âne en randonnée

Et puis, un autre petit inconvénient est le rythme qu’il faut avoir. Nous, on aime bien ponctuer le chemin de petites haltes gourmandes, un chardon par ci, une carotte sauvage par là. Imaginez tout de même, toutes ces friandises délicieuses à porter de museau, et devoir continuer sans les voir. Impossible, un vrai supplice.

Il n’y a bien que les chevaux pour accepter de suivre bêtement l’homme. On n’est pas très amis d’ailleurs avec ces animaux crâneurs, délicats, à la crinière velue. Moi, je suis comme les métrosexuels, très soucieux de mon apparence et je rêverai d’avoir un peu moins de poils l’été car on accueille pas mal de parasites. Mais on adore se gratter mutuellement, du bout des lèvres. On retrousse les babines et on fait scrounch, scrounch. Vous devriez en faire autant plutôt que d’éliminer vos poils. Autant, ça vous éviterait de vous disputer!

L’âne et les chats

Au fait, je connais un homme dans le voisinage qui s’épile pour faire plaisir à sa compagne. Et j’ai appris récemment qu’il y avait des chats sans poil et que ça arrangeait bien leurs propriétaires d’appartement.

Personnellement, je n’éprouve aucune sympathie non plus pour ces animaux mais ils sont très fidèles parait-il, particulièrement le sphynx. Enfin, tout ça pour vous dire que nous portons un regard compatissant sur cette race humaine qui développe une aversion pour le système pileux alors que c’est bien la testostérone qui agit dessus. Moi, je serais une femelle humaine, je choisirais plutôt un bon mâle tout poilu comme géniteur. Quelle est donc cette société qui décrit le poil maintenant, qui exige un torse glabre. Il existe même des techniques d’épilation durable. Le corps velu est associé à l’homme primitif à peine descendu de son arbre ou à un singe. Vive les corps lisses! Mon point de vue d’âne âgé est de trouver bien dérisoire cette tentative de perdre son animalité. L’homme ne devrait pas se couper de la nature. Il passe son temps à oublier d’où il vient ! Dommage pour lui car il perd les liens avec la Terre en même temps que ses poils qui gardent les bonne odeurs. Nous avec nos narines, on adore renifler nos comparses et sans cet odorat, comme on serait malheureux, comme on serait privés des effluves qui font la vraie vie. Et j’en viens à une réclamation que j’ai envie de faire. Nos amis randonneurs arrivent tous les matins dans le champ pour nous prendre par le licol, nous attacher et nous charger. Et ils puent le déodorant ou l’after-shave. Alors, bien sûr, il y a différentes qualités mais je vous assure qu’en pleine nature sentir Dior ou Channel ou Monoprix, c’est inapproprié, c’est une injure aux parfums des fleurs des champs, de l’herbe fraichement coupée, des blés fauchés, des aiguilles de pin, de l’odeur épicée de l’orchis vanillée et plus hau ten montagne, les fragances incomparables du trèfle alpin.

Et en randonnée, un âne flâne….

Quant-à nous ânes de tout poil, nous marchons le nez aux aguets et il arrive souvent que nous piquions du nez pour renifler consciencieusement un crottin qu’a laissé un de nos congénères lors d’une randonnée précédente. Grâce à notre flair, vous ne couperez pas à ces arrêts délicieux et impromptus que vous ne comprenez pas. Alors, vous nous tirez nerveusement par la corde en hurlant  » tsé, tsé  » mais vous devriez bien nous laisser prendre ce plaisir éhémère de ce bouquet piquant d’effluves parfumées. Chaque crottin a son odeur propre et enivrante pour nous. Profitez-donc de notre odorat qui sait détecter les présences d’animaux sauvages. On essaie bien de vous aider à voir ce chevreuil qui passe furtivement. On dresse les oreilles, on tourne la tête, on détecte le moindre bruit.

Soyez avec nous et pas dans votre tête! Marcher avec un âne, c’est être présent dans la nature.

Les ânes sont calins comme nous!

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