Les montagnes des Alpes et la marche

Marcher en montagne

randonnée avec un âne dans le Mercantour


Un séjour en montagne est devenu pour le citadin une semaine ou un week-end en station de ski. Certains y vont pour bronzer et respirer l’air pur, d’autres pour s’adonner aux plaisir de la glisse. Mais la montagne , ce n’est pas que cela, ce produit de consommation d’un tourisme qui ne va pas trouver sa place dans la problématique environnementale du futur. La montage n’est pas qu’un terrain de jeux pour citadins et finalement approcher la vraie montagne est un plaisir autre et se résumerait à approcher la nature non humanisée, ce que paradoxalement, l’homme va rechercher au plus il est civilisé et «  citadinisé ». Il est passionnant de découvrir la montagne selon le cours des saisons et non du calendrier des vacances scolaires. En vérité, la richesse des Alpes provient de leur aspect naturel et sauvage dans ses hautes régions. L’exploitation forestière, les pratiques d élevage n’ont pas façonné ses paysages comme dans d’autres massifs. Quand on randonne ici dans les Alpes du sud, on a bien le sentiment d’explorer une nature laissée à elle-même surtout depuis que l’exode rural s’est produit. On peut observer que la nature a vite repris ses droits. Une leçon que l’on devrait écouter car ce n’est pas la nature qui risque des problèmes environnementaux à terme mais bien l’homme et ses activités insensées. A Itinerance, nous avons à coeur de développer une démarche environnementale à travers nos randonnées et un tourisme à échelle humaine.

randonnée dans les Alpes du sud

Comprendre la montagne:


Puisque vous avez donc décidé de laisser un moment les stations et de vous aventurer dans la «  vraie » montagne, voici comment décrypter les paysages de montagne :
Tout d’abord au sud des Alpes, chez nous, vous remarquerez un contraste saisissant entre les versants sud et nord, respectivement les adrets et les ubacs ce qui entraine une répartition différentes d’espèces d’arbres. L’étagement de la végétation demande une explication. Les plantes sont des êtres vivants aux exigences variables et aux adaptations fines. Elles ont eu le temps de s’adapter pendant ces millénaires à supporter froid, gel et conditions rudes qu’infligent les hivers en montagne.
Egalement la composition des sols entre en compte pour façonner le paysage. Sols sableux, argileux, calcaires, granitiques, schisteux. Les végétaux s’adaptent à cette nature soit acide, soit neutre soit douce, d’autres sont indifférents et se retrouvent partout. Le Châtaignier n’aime pas les sols calcaires. Pas de crèmes de marrons! La décomposition des aiguilles des sapins est tellement acide que même les propres graines ne peuvent germer. Autant dire que les flancs de montagne racontent leur propre histoire : les pins qui s’accrochent à l’ubac ont des racines superficielles et se satisfont de sols peu épais mais retient néanmoins la terre. Le chêne a besoin, lui de développer ses racines et d’un sol meuble et profond.
Et par contre coup de cette végétation différente selon les terrains et les plantes qui poussent dessus, une faune particulière s’adapte à ce milieu de vie en réponse à ses exigences vitales : s’abriter dans les forêts, se nourrir de végétaux. Un équilibre complexe s’établit que l’on nomme «  biotope » : le milieu déterminé par le climat, le sol, la flore et la faune.

randonnée dans la réserve des gorges de Daluis

Ainsi découvrir comment s’organise la vie en montagne représente un des chapitres les plus passionnants de l’écologie montagnarde. Alors le premier pas que vous mettrez en montagne vous amènera vers des territoires de connaissance fabuleux qui s’enchainent comme une poupée russe. De la géologie, vous passerez à la minéralogie. L’essentiel est de susciter l’intérêt! et la montagne vivante est une leçon de choses inépuisable!

Ce que dit la montagne de nous:


Est-ce parce que l’origine de l’humanité est encore logée dans notre cortex que nous nous souvenons des temps héroïques où nous nous fondions dans la nature, à la fois la craignant et la respectant mais en tous cas, dans notre juste place , sans dominer, dans une lutte âpre pour la survie. Que de chemin avons-nous fait mais quelles traces restent dans notre inconscient? Arpenter les sentiers de montagne nous aide à retrouver le lien avec le sauvage. Le Sauvage, que ce mot a pris d’importance ces derniers temps comme s’il était le remède au confinement, l’antinomie salvatrice . Voir notre article sur le blog concernant les livres de Caroline Audibert et Cedric Robion sur la faune sauvage du mercantour.

Le Mercantour ne ressemble-t-il pas à l’himalaya?

L’adjectif sauvage prend des caractéristiques qui ne s’attribuent pas à la nature. Sauvage, se définit par inhospitalier, redoutable, brut, barbare, non apprivoisée, farouche, primitive. Mais ce n’est pas ce sens de nature sauvage que Caroline et Cédric s’attachent à démonter dans leur livre. Leur propos est de redonner l’ensauvagement à l’être humain, de leur rappeler qu’ils viennent de ce monde ni farouche, ni cruel, le jugement de valeur n’a pas lieu d’être car nous n’avons pas à juger la nature ni à la subir mais à vivre avec, en partenariat, en accompagnement. Le problème de l’homme civilisé occidental c’est qu’il a oublié qu’il faisait partie de cette nature. Pourquoi a-t-il voulu s’en détacher, pourquoi a-t-il depuis des millénaires essayé de la dominer?
Voici l’incontournable livre « Mercantour sauvage » de Caroline Audibert , illustré par les photos de Cedric Robion, qui est l’accompagnateur en montagne et le photographe animalier qui encadre nos séjours sur la faune du Mercantour. Ce livre a bien évidemment une place de choix dans notre bibliographie. Le thème du livre est le Sauvage, terme qui est plus facilement traduisible par wilderness en anglais mais qui ne trouve pas son équivalent en français puisque le terme sauvage est réducteur et ne traduit pas la dimension d’une nature fondamentale, primitive, originelle.

Sauvage Mercantour

Elles sont à la fois provençales et alpines, nos montagnes des Alpes du sud, nos fleuves se jettent dans la Méditerranée et cet aspect est important pour comprendre que ces vallées du soleil ont une autre dimension que dans les Alpes du nord. Lorsque l’on songe à la montagne, on évoque des glaciers, des pics aigus, du brouillard, de la neige, des brumes enveloppantes. Mais ici, dans ce sud méditerranéen, se découpent des aiguilles découpées dans le bleu du ciel, des alpages aimables aux fleurs éclatantes. Ce cadre régional particulier est idéal pour la marche. Que les Alpes du nord conservent le prestige de la farouche beauté des points culminants, des glaciers impressionnants, les Alpes du sud revendiquent, elles, un lumineux paysage fait de vallées de soleil, de cimes pures, de massifs reculés encore peu fréquentés. Dans ce massif des Alpes du sud, c’est bien le Mercantour qui est au coeur secret d’un univers sauvage. Bien sûr, nous ne sommes pas dans la wilderness des montagnes canadiennes, mais à l’échelle européenne, le Mercantour a son petit succès et il n’est pas appelé pour rien  » la jungle européenne par les gens du Nord qui sont connus pour leur attirance vers les terres reculées aux mystères du petit bout du monde. Tout a pu être dit sur le parc national du Mercantour et nous ne prétendons pas ici apporter des informations que vous trouverez en abondance dans le site du parc.

randonnée dans les terres rouges du Mercantour

En effet, c’est une chance extraordinaire d’habiter un territoire étudié par des scientifiques, experts en faune, flore, géologie, minéralogie et bien d’autres spécialités . Mais nous voudrions aborder un Mercantour plus intime, plus personnel qui au fond, interpelle le randonneur en répondant à une question : pourquoi l’homme est-il attiré par la beauté sauvage?
Dans cet article, nous préférons parler poésie bien que ce soit plus difficile, marcher en méditant sur le chant des oiseaux, entendre au fond du vallon l’eau qui coule, esperer la rencontre fortuite avec un chamois, frissonner en pensant au loup, s’attacher à son bâton de marche en bois ramassé dans une forêt.
On parle chez nous avec une certaine prétention un peu  » marseillaise »du  » petit colorado niçois » ( la réserve des gorges de Daluis) et même du Petit Himalaya » mais c’est pour la photo…car la montagne se prête élégamment voire gracieusement à la photo et nombreux sont ceux qui la mitraillent lors de nos randonnées mais peu savent capter les mystères cachés, le charme bouleversant d’un instant fugace. Il est des photos souvenirs mais aussi et surtout des photographes professionnels :

Des photographes de montagne :

  • Ce ne sont pas des banales cartes postales que nous livrent les photographes de paysages de montagne mais des reflets de l’âme, des regards intérieurs, des instants de grâce, des tableaux intimistes qui nous invitent à la contemplation et au silence.Nous ne sommes plus à l’heure du texte et l’image devient le moyen de communication. Tournons-nous donc vers la photo et ceux dont le regard sait rendre l’ineffable.

Cedric Robion
L’homme oriental, lui, a bien su se fondre, respecter, étudier les phénomènes naturels . Quand on marche au Japon ou en Himalaya, les chemins sont échelonnés de petits autels sur des éléments naturels spécifiques pour en retenir la beauté, alerter l’oeil du passant sur la beauté de la nature : un rocher rond, un arbre s’élançant vers le ciel, une sclupture naturelle, une curiosité géologique. Voici de nombreux remerciements de l’homme envers la Nature.
Eh bien, c’est un peu ce que cherche à nous donner Cedric: des instants pris patiemment et avec discrétion dans la nature pour remercier l’âme du monde. Ce projet de plusieurs années met en lumière une démarche singulière d’un photographe respectueux de la nature, faite d’affûts patients, de marches solitaires, d’observations passionnées. Cedric a choisi de sublimer la montagne et questionne malgré tout sur le devenir de notre nature au moment où tant de problèmes environnementaux surgissent. Il nous aide à aimer cette nature que nous malmenons. Vous le suivrez avec étonnement dans les stages sur la faune qu’il encadre avec passion.


Vincent Munier : de la panthère des neiges au loup du Mercantour
Après son séjour en Himalaya avec Sylvain Tesson, ses vagabondages et son aspiration au sauvage l’ont mené évidemment aux portes du Mercantour, puis il s’est enfoncé dans le coeur des choses et a exploré ce territoire d’exception, porté par son intuition. On peut dire aussi qu’il a saisi l’âme du Mercantour. Il y est allé à deux reprises à la demande du Parc national du Mercantour et de Terres sauvages, en octobre 2018 et en janvier 2019. Ses photos sont dorées du soleil d’automne, des mélèzes en feu, des sumacs rougeoyant/
« « Je me suis laissé porter par la marche et le hasard pour aller à la rencontre des paysages et de la faune. Je me suis imprégné de ce territoire que je connaissais peu. »

Claude Gouron est un passionné de nature, il a beaucoup marché dans les Alpes et en Himalaya. Il a réalisé de nombreux guides de découverte et randonnée.Il a créé à Barcelonnette en Ubaye son atelier-galerie, où il expose une vaste collection de tirages photographiques de collection (Essentiellement paysages naturels de montagne et de voyage), ses tableaux d’art numérique, et la vingtaine de livres qu’il a auto-édité sous le label «montagne sans Frontières».


Bertrand Bodin :
Bertrand Bodin est l’auteur de plus de 20 livres sur la faune sauvage et les Alpes, Cet artiste renommé a arpenté le Mercantour. Il a couvert dernièrement en images la quête de Jean-Michel Bertrand pendant plus de deux ans pour son film devenu célèbre «  marche avec les loups » sorti en janvier 2020 qui raconte l’épopée de jeunes loups confrontés au monde des hommes. Le livre accompagne le film avec les photos illustrant la recherche d’un endroit inoccupé pour installer leur nouveau territoire. Son regard aiguisé a capté les ambiances, les couleurs, les lumières de ces montagnes du soleil…
D’où émane une intense sensation de beauté et de liberté.

Jérémie Villet, surnommé «  le photographe de la neige » est encore un fou de la marche dans les contrées inaccessibles des hivers blancs et enneigés des montages du massif du Mont Blanc. Avec lui, vous vous aventurerez dans un univers immaculé digne des romans finlandais.


Emmanuel Juppeaux, photographe et arpenteur du Mercantour a su capter l’âme du Mercantour dans sa traversée immersion du Mercantour et s’inquiète que la biodiversité du Mercantour ne soit pas grignotée. Est-ce devenu «  un zoo sans barrières » d’après ses mots? Il y a une vraie richesse dans le Mercantour mais bien sûr on est loin de la «  wilderness » des montagnes canadiennes. La civilisation n’est pas loin mais le mystère de la montagne se révèle cependant et c’est la démarche interessante qu’il a eu : « Cette Grande Traversée est un outil de communication, et je ne pouvais pas faire exactement ce que je voulais. J’ai essayé de traiter le sujet d’une manière un peu différente, et l’exposition montrera des photos plus tourmentées, un nuage, un voile ou une ombre. J’aimerais que les gens puissent voir ce petit côté mystérieux quand on parle de sauvage, ce sauvage qui pourrait faire peur.

Pourquoi marcher c’est bon pour le moral?

Sur cet article consacré avant tout à la marche, il était tôt ou tard indiqué de faire un chapitre sur la randonnée car marche et rando sont indissociables. La marche en montagne nous éloigne de nos tracas quotidiens, procure la distance nécessaire à soi-même et transforme son rapport au temps.

. C’est le bon remède pour libérer l’esprit, un anti-stress tout en profitant de la nature. Associant activité physique, du sport et de la découverte, la randonnée en montagne est aussi bénéfique pour notre moral. Pourquoi le moral? Tout simplement parce que c’est l’occasion pour déstresser et se tenir loin du tourbillon quotidien, l’occasion surtout de se déconfiner actuellement

  • La randonnée , c’est bon pour développer nos capacités physiques. Comme tout autre sport en plein air, particulièrement en montagne, elle augmente nos capacités respiratoires et fait travailler le cardio; Demandez à votre coeur ce qu’il en pense dans une bonne montée…
  • Sa pratique renforce nos muscles et assouplit nos articulations, une excellente méthode pour lutter contre le surpoids.
  • En pratiquant la randonnée en montagne, cela nous donne l’occasion de rencontres avec la faune, la flore.
  • La randonnée permet de faire de nouvelles rencontres, tisser des liens, car elle se pratique le plus souvent dans des zones loin des grandes villes, des villages plus ou moins enclavés.


Qu’est ce donc qu’un marcheur ?
Diriez-vous que c’est un être à contre-courant qui veut maitriser son temps et a décidé de ralentir? Celui qui n’en peut plus de courir, de respirer vite, de penser encore plus vite , les dents serrées, le souffle rendu court non par un sentier pentu mais par la trépidante de sa vie?
Demandez à quelqu’un de dire spontanément ce qu’évoque pour lui le mot marche. Le plus souvent, il répondra : sentier, soleil, vent, ciel, horizon, espace. Et pourtant cela pourrait évoquer aussi bien pluie, vent, tempête, fatigue, faim, soif, lassitude. Comme si le seul mot de marche libérait des besoins d’espace et d’horizon, et surtout des désirs de liberté, d’imprévu, d’aventure.

Villages du Mercantour dans les Alpes du sud

La méditation et la marche:

  • Il existe dans la pratique du zen une pratique entre deux assises qui s’appelle kinhin, c’est une marche lente et méditative au rythme de la respiration. Nous proposons un stage en pleine montagne de méditation et nous avons un article sur le blog à ce sujet.
    Un maître zen avait posé un jour cette question à un disciple:
  • Qu’est-ce donc que marcher?
    Ce koan travaillait ardemment le disciple qui mettait toutes ces cellules en oeuvre pour trouver une réponse :
  • la première fut poétique, estimant que le zen méritait une telle inspiration :
    « Marcher, c’est être en chemin ( du zen, bien évidemment se dit le disciple se croyant malin). »
    « Non » hocha la tête du maître silencieux.
    Il en fut rendu à chercher des réponses prosaïques-
    «  Marcher, c’est faire un pas, l’un devant l’autre ».
    La tête vénérable dodelina d’un coté et de l’autre.
    Entretemps, il se passait une année à réfléchir. Mettre un pied devant l’autre ,où est le sens de tout ça?
  • Le koan est comme une flèche qui se fiche dans l’être et le fait avancer ou reculer mais en tous cas, l’interroge.
    De temps en temps, dans la nuit, le koan, le réveillait ; marcher, marcher, c’est quoi?
    A-t-il trouvé sa réponse? Peu importe car à chacun son chemin. Mais toute interprétation intellectuelle fait fausse route….
    Le langage n’est pas que communication. Selon l’expression zen, chacun recherche la « parole vive », celle qui le transpercera totalement et le fera accéder à l’éveil intérieur. Les koan sont souvent déroutants, inattendus avec des formulations paradoxales.
marche en famille dans les Alpes du sud
L’éloge de la marche avec les écrivains voyageurs

Alexandra David Neel , une des plus grandes marcheuses du siècle dernier,dans une de ses lettres à son mari, Philippe, dans son livre «  voyage d’une parisienne à Lhassa » , lui dit ceci
-« Peu importe le but, c’est le chemin qui compte ». Cette écrivaine féministe du début du 20 ème siècle avait marché 8 mois avec son fils adoptif à travers les montagnes du Tibet pour rejoindre Lhassa, la capitale interdite, à travers  » le pays des neiges » , déguisée en mendiante. Pour la première fois, une femme occidentale rentrait à Lhassa en 1924. Quel extraordinaire défi et quel courage et en même temps elle décrit l’émerveillement à la rencontre des tribus autochtones, à travers les immenses solitudes des hauts plateaux, des cols montagneux à plus de 5000 m sur le  » Toit du monde ». Marcher pour elle était également une pratique spirituelle, un échappatoire à un monde matérialiste ( déjà à l’époque) qui l’étouffait. C’était sa façon à elle de  » tenir debout », de ne pas s’effondrer devant un monde incompréhensible. Elle a traversé les deux guerres mondiales sur les chemins de l’Asie!

Sylvain Tesson
Dans le livre qu’il a écrit après sa chute, « Sur les chemins noirs » , il part du Mercantour et dans une interview la question lui est posée : L’homme qui arrive dans le Cotentin est différent de celui parti du Mercantour ?
– « D’abord, je m’étais reconstruit physiquement par cette belle activité, très simple, très pure, et probablement fondatrice, qu’est la marche. Deuxièmement, j’avais porté un regard sur un pays que je ne connaissais pas, la France, et j’avais pu me rendre compte de la disparition d’une catégorie de population, les paysans, ceux-là même qui ont forgé le visage de la France. Ils nous lèguent quelque chose qui s’appelle le paysage, et ils ne seront plus jamais là pour nous l’expliquer. Troisième leçon, c’est qu’il est possible de traverser le pays en se glissant dans les interstices grâce à un outil très simple, la carte au 1/25 000e, cette carte au trésor qui nous révèle les chemins de traverse. J’ai essayé de bâtir un texte autour de cette idée qu’il y avait une forme d’accomplissement intérieur de la pensée, de l’équilibre, du sentiment d’être à la verticale de soi-même, à condition de se tenir sur ces chemins où on est autonome, libre, environné par la beauté des paysages. « 

faune du Mercantour en randonnée

Un peu plus tard, citons ce passage : »

«Il m’aura fallu courir le monde et tomber d’un toit pour saisir que je disposais là, sous mes yeux, dans un pays si proche dont j’ignorais les replis, d’un réseau de chemins campagnards ouverts sur le mystère, baignés de pur silence, miraculeusement vides.
La vie me laissait une chance, il était donc grand temps de traverser la France à pied sur mes chemins noirs.
Là, personne ne vous indique ni comment vous tenir, ni quoi penser, ni même la direction à prendre.»

Dans un excellent article du Monde, six écrivains racontent leur relation avec la marche. Un est ethnologue, l’autre alpiniste, ou philosophe ou encore sociologue:

  • Martine Segalen, ethnologue : « Il existe un esprit de la course et un esprit de la marche »

« Si course et marche revendiquent la même origine et la simplicité de leur technique, elles se différencient immédiatement par leur vocabulaire : en course, on fait des foulées ; en marche, des pas. Au-delà de la différence dans la vitesse de l’exercice, qui reste le marqueur premier, et en dépit d’une évidente proximité dans l’usage que l’on fait de son corps, course et marche sont pratiquées par des publics différents ; elles sont porteuses de valeurs différentes, qu’il s’agisse du rapport au temps, à l’espace, à soi-même et aux autres. En ce sens, il semble bien qu’il existe un esprit de la course et un esprit de la marche. »

randonnee dans le parc national du Mercantour, Alpes du sud
La marche et la randonnée, toute une histoire d’amour

Un marcheur se rend disponible à la rencontre, à l’éphémère, à l’inattendu. Il ne maitrise pas le fil de l’histoire qui se déroule dans sa journée de marche. Que ce soit en montagne, la rencontre inopinée avec un chamois, nez à nez avec un bouquetin, ou encore un moment intime avec un torrent, une course effrénée vers une cabane d’alpage, poursuivi par un violent orange, l’abri improvisé sous un rocher permettant de dévorer son sandwich à l’abri du vent. On ne sait jamais vraiment quelle va être cette journée, ce que le ciel va nous réserver: orage ou beau temps, on a beau consulter la météo, la surprise est toujours possible! L’imprévu est le guide du jour.
Un marcheur rentre dans un tableau impressionniste :
Une randonnée est faite d’impressions et de tonalités différentes. Chaque marche n’est pas la même. Les émotions rappellent des souvenirs, des comparaisons. Les paysages impulsent des empreintes. On pourrait trouver des couleurs à chaque randonnée qu’on a faite : bleue pour un journé ensoleillé,é grise pour un jour de nuages, orange pour la traversée de terres ocres etc, verte pour les alpages ou les forêts. Marcher permet de musarder. Que ce mot n’est plus employé! Que veut-il dire au fond : sur le dictionnaire, la définition est : Perdre son temps à des riens. Ce mot s’enfuit de nos monde pressés tout comme flâner!
Nous proposons d’ailleurs une randonnée pour ceux qui ont décidé de prendre leur temps et nous l’avons nommée «  flâneries en Mercantour »!

Flânerie en Mercantour en famille avec vos enfants
La marche : un chemin intérieur :

Ne dit-on pas de quelqu’un qui a avancé dans sa construction interne, qu’il a cheminé?
Aristote enseignait la philosophie au Lycée d’Athènes en marchant avec ses élèves ce qui valut à son École le qualificatif de péripatéticienne (l’école des promeneurs).
La marche favorise la concentration:
«Les seules pensées valables viennent en marchant » écrivait Nietzsche. Rousseau affirme que « la marche met l’esprit en mouvement »,

Les effets de la marche sur le cerveau:
Papillons dans le parc national du Mercantour

A l’Institut Max Planck de Berlin, on a demandé à des enfants et à des adultes de passer des tests assis devant un bureau, ou en marchant à la vitesse de leur choix sur un tapis roulant. Ces tests consistaient à écouter des séries de chiffres prononcés par un haut-parleur, et à indiquer, pour chaque chiffre, s’ils l’avaient déjà entendu quatre chiffres plus tôt.
Dans ces conditions, les participants, quel que soit leur âge, ont commis moins d’erreurs en marchant, les enfants de neuf ans tirant le meilleur bénéfice de cet exercice, avec presque 40 pour cent d’erreurs en moins.
Quel étudiant n’a pas marché en rond, en large et en travers pour se réciter un passage qu’il n’arrivait pas à mémoriser. Quel petit de 8 ans, déjà, ne marchait pas pour se «  rentrer sa récitation dans la tête. 
Selon les psychologues, ce phénomène s’explique par un effet de vigilance : la marche maintient le corps en action et, dans une certaine mesure, l’esprit alerte. Le cerveau est mieux irrigué, l’attention se relâche moins facilement.

Cimes du Mercantour dans les Alpes du sud
Marcher c’est lever la tête vers le ciel…


…et remarquer la forme des nuages, c’est choisir son coin de prairie pour savourer son pique-nique. C’est écouter les bruits de la forêt ou le silence du bois. Ce sont des petites successions d’éternités, de présents sans temps, d’éphémères non-pensées ou on reste juste là.
Marcheur ou vagabond?
Il y a ceux qui préfèrent se réfugier le soir dans une grange ou leur tente, qui se sentent vagabonds ou clochards célestes, qui se ravissent du chant des oiseaux, de l’odeur du trèfle alpin ou des violettes au printemps qui sont éblouis par la lumière du soir sur les crêtes.

Coucher de soleil sur le Mercantour, Alpes du sud
La marche du monde : le mot de Gédéon, note âne randonneur et philosophe.

A chaque fin d’article Gédéon ne peut s’empêcher de poser un avis sur ce qu’on écrit ou débat et il est très utile d’écouter ses conseils et ses conclusions sur le monde des humains. Car un âne sent beaucoup de choses:
« Alors, entre la kihin, marche méditative ou le running moderne, la randonnée forcenée, armé de deux bâtons cliquetant férocement dans le calme des montagnes, la marche nordique, la marche afghane, la marche militaire, la marche est toujours porteuse de valeurs différentes. L’esprit de la marche procure le silence intérieur nécessaire à l’équilibre et se veut un moyen face aux dépressions contemporaines. Tout le monde le dit haut et fort, le monde des humains va mal. La marche est même devenue un produit de consommation. Marcher a trouvé sa place dans les grands temples de la consommation. Qui n’a pas «musé » devant un rayon de Décathlon devant ces boussoles, ces gadgets pour faire du feu, soigner ses ampoules, prendre une barre énergétique dans la rude montée, des camelbags pour sucer consciencieusement sa ration d’eau, sans s’arrêter pour ne pas perdre de temps….Il existe même des podomètres pour calculer le nombre de pas. Et il est recommandé de faire au moins 1000 pas par jour. Alors à vos pas…..amis humains, vous n’avez pas fini de surprendre le monde animal…. Mais au fond, vous n’avez besoin que de vos deux pieds pour marcher!

marcher dans le Mercantour, Alpes du sud
Bibliographie

https://www.reserves-naturelles.org/gorges-de-daluis

https://vincentmunier.com/shop/fr/

http://www.bodinphoto.com/blog/58/marche-avec-les-loups.html

http://www.bodinphoto.com/folio/245/media/KZ46H5T52C8L10156PBAL0/parc-national-du-mercantour.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Martine_Segalen

https://en.wikipedia.org/wiki/Sylvain_Tesson

https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandra_David-N%C3%A9el

2 commentaires sur “Les montagnes des Alpes et la marche

  1. De voir ces belles images et ces beaux textes sur la marche…..
    Je me dis que je ne marche pas assez ! Et pourtant ….
    Bientôt on ira à plus de 10 kms, ça va faire du bien, en attendant les voyages plus loin.
    Je vous fais des gros bisous à tous les 2
    Sylvie

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