Mineralogie en Mercantour

Sur les sentiers de randonnées que vous arpenterez ( voir l’itinéraire ), vous serez émerveillé par le rouge lie de vin des terres du dôme du Barrot et des Gorges de Daluis. Cette magnifique roche , sillonnée de veines vertes «en a étonné plus dʼun», tant par la hauteur vertigineuse des Gorges mais aussi par sa rareté.
Tendre en surface et compacte en profondeur, ces pélites argileuses rouges sont anciennes de deux cent quatre vingt millions d’années.
Ce sont les conséquences d’étonnants phénomènes géologiques datant du permien (fin du primaire). Elles résultent ainsi de la sédimentation d’argile, de sable fin et d’un peu de cendre volcanique dont on ignore l’origine des éruptions. A cette époque la région du Mercantour ressemblait aux contrées arides du continent Est africain, une vaste plaine d’altitude parsemée de lacs peu profonds et de marais. Le climat y était très chaud et sec, ce qui provoquait un dessèchement périodique de ces marais. La roche se constitue ainsi en strates superposées de différentes hauteurs. Lʼérosion a façonné ces gorges en canyon.

Randonnées dans les gorges de Daluis

Une mineralogie variée

Ces terres sont aussi très riches par leurs variétés minéralogiques. Elles possèdent en effet des espèces particulièrement rares comme lʼaldogonite, briartite, germanite, cuivre natif… On les trouve le plus souvent au contact entre les terres rouges et le trias.

Celui-ci est constitué de quartzites, cargneules , gypse et de marnes entourant des calcaires dolomitiques datant du début de lʼère secondaire. Ce point de contact entre deux ères géologiques est le témoignage dʼune grande poussée (nord est -sud ouest) des plaques tectoniques qui sʼest exercée sur la région à la fin de lʼère tertiaire.

En 1914, on découvrit dans la grotte de Tremens située dans le vallon de Cante, des outils en silex et des squelettes datant du néolithique..

Les mines de cuivre

Gorges de Daluis

Les territoires de Daluis et Guillaumes ont dû se partager la richesse quʼoffraient les mines. La première mention écrite de lʼexistence de cuivre natif dans ce secteur remonte à la fin du VIéme siecle. Ces mineraux attiraient lʼattention des exploitants du comté de Nice. Cependant les faibles quantités de cuivre natif et les difficiles conditions d’accès ne leur permirent pas de surexploiter. Aujourdʼhui on peut compter une poignée de mines entre Guillaumes, Daluis et le col de Roua. Bien intégrées au paysage, on peut en visiter certaines mais très bientôt, il sera désormais interdit d’y entrer car le dôme du Barrot est devenu territoire protégé de Natura 2000.

Le dôme du Barrot

Culminant au-dessus des gorges, sʼimpose le Dôme de Barrot (2137 m). Ce petit massif joue un rôle transitoire qui sépare deux mondes: au sud des paysages méditerranéens. Les oliviers , chênes verts, figuiers, riviéres sèches témoignent de la chaleur de l’été et du climat aride. Les habitats en pierres et tuiles rouges illustrent parfaitement lʼarchitecture provençale.
Au nord se dressent les premiers reliefs alpins et toute la haute vallée du Var. Toujours sous influence méridionnale, la fonte des neiges y est toutefois tardive .On y voit des maisons couvertes de bardeaux. Les mélèzes, epicéas, pins silvestres prolifèrent dans leurs lieux de prédilection.
Juché sur ses flancs, le hameau dʼAmen et ses fermes nous rappelle la colonisation de lʼhomme. Des témoignages indiquent quʼil y avait une école. La chapelle est encore en bon état. Aujourdʼhui déserté, probablement lors de l’exode dʼaprès guerre, il ne reste que les vestiges dʼune forme dʼagriculture du siècle dernier. Des céréales, vignes, y étaient certainement cultivées avec difficulté car les pélites sont des terres sèches et pauvres en eau. Il n’y a dʼailleurs que très peu dʼhabitations dans ces terres sur le secteur haut Var .
A une petite heure de marche du hameau, passe une ancienne route muletière, vestige dʼune voie «romaine», comme en témoigne lʼarchitecture du pont «dʼAmen». Elle a été l’artère de communication de Guillaumes.Classée départementale jusquʼen 1990, elle traverse le Dôme de Barrot du sud au nord. Depuis Puget-Theniers, cʼétait un accès très utile pour desservir la haute vallée du Var.

Minéralogie des gorges d’après l’ouvrage de Gilbert Mari

Le livre de Danielle et Gilbert Mari narre de façon très attrayante quelle pouvait être la vie des mineurs et de leurs familles dans leur livre  » mines et mineraux des Alpes Maritimes. Ce guide minéralogique fait une large part aux divers aspects humains, sociologiques, économiques et historiques du développement des anciennes mines des Alpes et de la Provence, et notamment au rôle que les Sarrasins y ont joué pendant les VIIIe, IXe et Xe siècles. Ces divers aspects étaient jusqu’ici passés totalement sous silence par les nombreuses chroniques publiées sur l’activité du temps jadis dans nos villages montagnards, et les historiens régionaux s’en désintéressaient. L’exploitation épisodique de petites mines de cuivre, plomb, argent, en de multiples points du Sud-Est de la France, est pourtant une réalité historique et son importance socio-économique est grande, pour les périodes de notre Histoire où les populations montagnardes vivaient quasiment en autarcie. Les chapitres consacrés au développement minier des Alpes durant la seconde moitié du XIXe siècle évoquent de façon tout à fait étonnante ce que l’on peut voir de nos jours dans diverses contrées montagneuses du monde musulman entre autres, où la vie en économie fermée, loin des voies de communication, encourage le maintien d’exploitations minières artisanales. Ces exploitations, telles celles du plomb (kohol) dans certaines parties du Maghreb et d’orpiment en Azerbaïdjan, ne se maintiennent que parce que les investissements y sont nuls et les salaires de faible niveau, quand l’ouvrier n’est pas payé «au kilo» (de minerai trié à la massette). La production est vendue à quelque grande mine voisine, à la fin de la bonne saison. Le village isolé maintient son existence à ce prix, même si les accidents à la mine sont plus tragiques et fréquents que dans une exploitation normale de ces mêmes pays : quand l’agriculture fait défaut, la mine artisanale est la seule activité qui puisse enrayer l’exode rural. Au Xe siècle, les Sarrasins s’implantent de façon suffisamment sédentaire dans les Alpes pour y exploiter des mines, au rythme sans doute de celles qui vivotaient encore hier près de Kairouan et Kasserine, en Tunisie. Et même, le percement des galeries se faisait alors au feu! Il s’agissait quasiment d’une concession : en échange, le roi Hugues, comte de Provence, exigeait des «Infidèles» qu’ils assurent la garde de tous les cols alpins, contre les menaces d’invasion du roi d’Italie, Bérenger. Les Sarrasins exploitent ainsi en toute quiétude le plomb argentifère . Dans les Alpes-Maritimes la tradition attribue aux «Infidèles» l’exploitation des mines de la Haute Tinée et de la Haute Vésubie, mais non celle des mines de Puget-Théniers : or, comme le soulignent D. et G. Mari, seules les deux premières avoisinent les cols alpins, pas les dernières. Le fondement «historique et stratégique» de cette tradition paraît donc solide, malgré l’incrédulité des historiens qui régnait jusqu’à la parution de ce livre – où les thèses de Philippe Sénac sont justement soulignées. Dernier argument, «a posteriori», et fourni par la Chrétienté elle-même, en faveur de la sédentarité sarrasine (car peut-on épuiser une mine dans le laps de temps d’un «raid» comme ceux que les historiens envisageaient jusqu’ici ?) : avec humour, les auteurs reproduisent le texte de la bulle lancée de Rome en 1560 par Pie IV,’ pour exorciser les démons des anciennes mines sarrasines du Boréon, qu’Emmanuel-Philibert voulait rouvrir, et que les habitants disaient hantées par les âmes des infidèles.

LA haute vallée du Var

Mais ont-ils trouvé de l’or?

La première mention écrite de l’existence de cuivre natif dans les gorges de Daluis remonte à la fin du XVIlème siècle où Louis XIV accorde au Marquis de Villeneuve Beauregard une concession englobant les indices cuprifères de Daluis. C’est là, sans doute, que se situe 1′ origine de la tradition qui rapporte l’existence d’une mine d’or à Amen, petit hameau aujourd’hui abandonné, situé sur le dôme du Barrot :

M. Darluc, auteur d’une « Histoire naturelle de la Provence », publiée de 1782 à 1786, y mentionne la présence « d’une pierre cuivreuse portant or ».
De tous temps les métaux précieux ont excité les imaginations. Au XVIIIème siècle, selon la tradition populaire du haut Comté de Nice, ce pays était fort riche en mines d’or et toute cavité d’accés difficile, qu’elle soit naturelle ou l’oeuvre de l’homme était baptisée d’un nom évocateur: trou de l’or, le trésor,etc… Aujourd’hui encore, certaines de ces cavités sont empreintes de mystère et, notamment, celles désignées sous le nom de « trésor d’Amen » qui se situent dans les gorges de Daluis pour lesquelles la tradition est particulièrement tenace.
On connaît actuellement une quinzaine de petites galeries (40 m de longueur au maximum) réparties en deux groupes distants d’environ 400 m l’un de l’autre, à vol d’oiseau.
Premier métal que l’homme ait mis en oeuvre, le cuivre a joué un rôle essentiel dans le développement des civilisations. Sa présence à l’état natif dans la nature lui a valu d’être utilisé, dès le Néolithique (5 000 ans avant J.C), par simple martelage à froid, pour la confection d’outils et d’armes de chasse. L’utilisation du bronze , alliage de cuivre et d’étain se situe quant à elle 3 500 ans avant J.C.
Dans le dôme de Barrot, et plus précisément dans les gorges de Daluis l’exploitation du cuivre natif est sans doute fort ancienne, sans doute du Bronze.

On a même trouvé de l’uranium au Liouc sur la commune de Daluis!

Extrait de rapport de Gilbert Mari:Les indices de cuivre de ROUA: ou les origines de la légende de l’or d’Amen!
«La minéralisation cuprifère des indices de Roua a pour gangue des filon nets subverticaux de dolomite avec aragonite accessoire qui recoupent les pélites et grès rouges permiens de la formation du Cians. Au sein de ces indices, le cuivre natif occupe généralement la partie centrale des filonnets dolomitiques, sous forme de feuillets à contours irréguliers, discontinus pouvant atteindre jusqu’à 3,5 cm d’épaisseur ou de petits nodules. Quelquefois, il se présente en inclusions au sein même de filonnets de cuprite de puissance centimétrique. Les cristaux de cuivre sont peu fréquents, nous avons pu reconnaître cependant des formes cubiques et dodécaédriques ainsi que de petites arborescences. Le cuivre natif des gorges de Daluis parfois accompagné d’argent natif est associé de façon constante à la cuprite et à des arséniures de cuivre (domeykite, algodonite, koutékite). Sa composition varie du cuivre pur à un cuivre contenant jusqu’à 12% d’arsenic anciennement décrit sous le nom de « whitneyite » (longtemps considérée comme une espèce minérale distincte, la « whitneyite » est aujourd’hui discréditée; il s’agit, en fait, d’un mélange d’algodonite et de cuivre arsénifère ou non). Divers minéraux d’oxydation se sont, par ailleurs, développés.»

La réserve naturelle des gorges de Daluis a confié à un organisme l’idée de mélanger fiction et réalité à travers l’histoire d’un jeune homme parti chercher de l’or au début du 20 eme siècle dans le Var, la rivière qui coule dans les gorges de Daluis. Ce webrécit est consultable ici et permet de partager l’histoire locale du pays de Guillaumes.

Découverte d’un nouveau minéral: la barrotite:

Les gorges de Daluis recèlent des gisements très particuliers avec de nouveaux minéraux comme la barrotite du nom du sommet qui surplombe les gorges : le dôme du Barrot. Le règne minéral comprend 5000 espèces, ce qui à l’échelle mondiale n’est pas énorme. Evidemment la découverte d’un nouveau minéral ne passe pas inaperçu dans la communauté des minéralogistes. C’est dans les anciennes mines de cuivre de la Réserve naturelle des gorges de Daluis qu’a été mise à jour ce nouveau minéral aux formes de cristaux hexagonaux, de couleur bleu profond. Ces gisements s’expliquent par la porosité de la roche et à sa forte minéralisation qui permet aux solutions de circuler facilement à l’intérieur.

Barrotite gorges de Daluis

Un trésor minéral de renommée mondiale

La LPO est chargé de la protection des mines dans la réserve naturelle de Daluis. Une soixantaine d’espèces de minéraux dont certaines nouvelles pour la science a été déterminée. Neuf espèces nouvelles pour la science y ont été découvertes.

Cuivre natif sur pélite © Stéphanie
Terres rouges des gorges de daluis

La Réserve inclue également une vingtaine de mines, vestiges de l’extraction minière qui date du Chalcolithique. L’exploitation du cuivre natif, qui peut être travaillé à froid, a motivé les premiers hommes a recherché les filons dans la roche. C’est au XIXème siècle qu’ont véritablement été exploitées ces mines.

Retrouvez Félix et son webrécit pour vous mettre dans les conditions de la vie d’antan dans nos montagnes.

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